Lorsqu’une personne ou un parent prend la décision de s’inscrire, ou d’inscrire son enfant à des cours d’arts martiaux, une multitude de choix s’offre à lui : Karaté, Judo, BJJ, Kung Fu, Taekwondo, Aïkido, etc. Il est alors facile de ne pas s’y retrouver.

Cette chronique vous aidera à mieux comprendre les différences entre le Karaté et le Judo afin de choisir celui qui correspond le mieux à vos objectifs.

Personnellement, je suis ceinture marron (1er kyu) en Judo et ceinture noire 6e dan en Karaté Shorinjiryu. Plus jeune, j’ai adoré pratiquer le Judo pour son volet compétitif et la combativité qu’il développe.

La raison qui m’a toutefois poussé à consacrer ma vie au Karaté est la suivante : Dans le Karaté que je pratique, nous faisons aussi du Judo, alors qu’en Judo, nous ne faisons généralement pas de Karaté. Je m’explique. Dans le Karaté traditionnel que j’enseigne, nous étudions les percussions (atemi), c’est-à-dire les techniques de frappe avec les mains, les pieds, les coudes, les genoux, la tête, etc. Nous pratiquons également les projections, les balayages, certaines immobilisations, des éléments de Ju Jutsu, l’autodéfense, la compétition, le maniement des armes traditionnelles ainsi que plusieurs autres aspects de l’art martial.

Autrement dit, notre pratique est volontairement très complète.

Les origines

Le Karaté et le Judo sont tous deux japonais aujourd’hui, mais leurs origines sont différentes.

Le Karaté est né à Okinawa. À l’origine, il était fortement influencé par les arts martiaux chinois et portait le nom de Tode, signifiant « main chinoise ». Au fil des années, il a été adapté à la culture japonaise et est devenu le Karaté (« main vide »).

Le Judo, quant à lui, est né au Japon à la fin du XIXe siècle grâce au professeur Jigoro Kano. Celui-ci s’est inspiré des différentes écoles de Ju Jutsu pratiquées par les samouraïs afin de créer une méthode d’entraînement plus sécuritaire, éducative et sportive.

Il a retiré la majorité des frappes pour mettre l’accent sur les projections, les immobilisations et les étranglements.

Sport ou art martial ?

Les deux disciplines sont des arts martiaux. Cependant, leur évolution moderne est différente. Le Judo est aujourd’hui fortement orienté vers le sport olympique. Les règlements sont uniformisés partout dans le monde et les entraînements sont souvent axés sur la compétition.

Le Karaté possède également une importante dimension sportive, mais selon le style et le dojo, il peut demeurer très traditionnel. Plusieurs écoles accordent une place importante à l’autodéfense, aux katas, à l’étiquette, à la philosophie martiale et au développement personnel.

En réalité, il est impossible de généraliser. Certains dojos de Karaté sont presque exclusivement compétitifs, alors que d’autres n’organisent jamais de compétitions.

Les techniques enseignées

C’est probablement ici que la différence est la plus visible.

En Judo, vous apprendrez principalement :

  • les projections;
  • les balayages;
  • les immobilisations;
  • les étranglements;
  • les clés de bras;
  • les déplacements;
  • les chutes (ukemi).

En Karaté, selon le style, vous pourrez apprendre :

  • les coups de poing;
  • les coups de pied;
  • les frappes avec les coudes et les genoux;
  • les blocages;
  • les déplacements;
  • les projections;
  • certaines immobilisations;
  • les dégagements;
  • les katas;
  • l’autodéfense;
  • parfois le maniement des armes traditionnelles.

C’est pourquoi plusieurs personnes considèrent le Karaté traditionnel comme une pratique plus polyvalente.

Les chutes

Un aspect souvent sous-estimé est l’apprentissage des chutes. Le Judo est probablement la meilleure discipline pour apprendre à tomber sans se blesser. Les ukemi sont pratiqués dès les premiers cours et deviennent rapidement un réflexe. Cette compétence peut être extrêmement utile dans la vie quotidienne. Combien de blessures pourraient être évitées si les gens savaient simplement comment tomber correctement lors d’une glissade sur la glace ou d’une chute à vélo ?

Dans plusieurs styles de Karaté traditionnel, dont le nôtre, les chutes sont également enseignées, mais elles occupent généralement une place moins importante que dans un dojo de Judo.

Le combat

Le combat est également très différent. En Judo, l’objectif consiste principalement à projeter l’adversaire avec contrôle ou à le maîtriser au sol.

En Karaté, la distance de combat est plus variée. On retrouve des échanges de frappes, des esquives, du contrôle de la distance, des balayages, parfois des projections ainsi que différents règlements selon les styles.

Il n’existe donc pas un seul Karaté, mais bien plusieurs façons de pratiquer le combat.

Singulier ou pluriel ?

Le Judo est relativement uniforme partout sur la planète. Que vous pratiquiez au Québec, au Japon ou en Europe, vous retrouverez essentiellement la même discipline et les mêmes règlements. Le Karaté, lui, est presque une grande famille composée de nombreux styles. On retrouve notamment :

  • Shotokan;
  • Shito-Ryu;
  • Goju-Ryu;
  • Wado-Ryu;
  • Chito-Ryu;
  • Shorinjiryu;
  • Kyokushinkai;
  • Kenpo;
  • et plusieurs autres.

À cela s’ajoutent les nombreuses branches (Ha), lignées (Den) ou organisations internationales. Personnellement, je pratique le Shorinjiryu Kudaka-Ha Kaizen. Chaque style possède sa propre philosophie, ses katas, sa façon de combattre et ses priorités. Certains mettent l’accent sur la compétition. D’autres privilégient la santé, l’autodéfense, la tradition ou encore le développement personnel. C’est pourquoi il est essentiel de visiter plusieurs dojos avant de faire un choix.

L’autodéfense

Beaucoup de gens choisissent un art martial dans le but d’apprendre à se défendre. Le Judo demeure extrêmement efficace dans une confrontation à courte distance. Une bonne projection sur une surface dure peut mettre rapidement fin à une agression.  Le Karaté, quant à lui, couvre davantage les différentes distances de combat. On y apprend souvent à gérer :

  • les frappes;
  • les saisies;
  • les projections;
  • les attaques multiples;
  • les armes improvisées;
  • les principes de prévention.

L’autodéfense moderne ne consiste toutefois pas uniquement à savoir frapper. Elle commence par l’observation, la communication, l’évitement des conflits et la capacité de désamorcer une situation avant qu’elle ne dégénère.

Le développement des enfants

Autant le Judo que le Karaté développent des qualités extraordinaires chez les jeunes. On y retrouve notamment :

  • le respect;
  • la persévérance;
  • la confiance en soi;
  • le contrôle de ses émotions;
  • la concentration;
  • la coordination;
  • la condition physique.

Contrairement à certaines croyances populaires, les arts martiaux ne rendent pas les enfants plus agressifs. Au contraire, ils apprennent généralement à mieux contrôler leur énergie et à utiliser leurs habiletés uniquement lorsque cela est réellement nécessaire.

Le Sensei

J’entends parfois des commentaires du genre :

« Le Judo est plus discipliné. »
« Le Karaté est plus un jeu. »

À mon avis, cette affirmation est fausse. Ce n’est pas l’art martial qui crée la discipline. C’est le Sensei. Si j’enseignais un cours de Judo ou un cours de Karaté, les valeurs seraient sensiblement les mêmes.

  • Respect.
  • Humilité.
  • Persévérance.
  • Entraide.
  • Rigueur.

À l’inverse, un autre instructeur pourrait mettre davantage l’accent sur le plaisir, la performance sportive ou la compétition. Le professeur influence énormément l’expérience vécue par les élèves. Choisissez donc un dojo où vous vous sentez accueilli et où les valeurs correspondent aux vôtres.

La condition physique

Les deux disciplines permettent d’améliorer la forme physique. Le Judo sollicite énormément le dos, les jambes, la force de préhension et l’endurance musculaire. Le Karaté développe davantage la vitesse, l’explosivité, la mobilité, la coordination, la précision et la puissance des frappes. Dans les deux cas, vous gagnerez en équilibre, en souplesse, en endurance cardiovasculaire et en confiance corporelle.

Quel art martial est le plus difficile ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Le Judo demande souvent plus de force physique et une excellente capacité à accepter les chutes répétées. Le Karaté exige beaucoup de précision technique, de coordination et de répétitions pour perfectionner chaque mouvement. Les deux disciplines demandent plusieurs années de pratique avant d’être véritablement maîtrisées. Et c’est justement ce qui les rend aussi passionnantes.

Alors… lequel choisir ?

La réponse dépend de vos objectifs.

Choisissez le Judo si vous aimez :

  • la lutte;
  • les projections;
  • le travail au sol;
  • la compétition sportive;
  • le contact physique constant.

Choisissez le Karaté si vous souhaitez apprendre :

  • les frappes;
  • l’autodéfense;
  • les katas;
  • un art martial plus diversifié;
  • une pratique pouvant inclure les armes traditionnelles, les projections et plusieurs autres dimensions selon le style.

Mon conseil

Peu importe votre choix, je vous recommande toujours de faire une semaine d’essai.

  • Rencontrez le Sensei.
  • Observez l’ambiance.
  • Discutez avec les élèves.
  • Posez vos questions.

Car au bout du compte, ce n’est pas seulement le nom inscrit sur la porte qui fera toute la différence. C’est la qualité de l’enseignement, les valeurs humaines transmises, le plaisir que vous aurez à revenir semaine après semaine et les relations que vous développerez avec votre communauté martiale. Le meilleur art martial n’est donc pas nécessairement le Karaté ou le Judo. C’est celui que vous aurez envie de pratiquer avec passion pendant les dix, vingt ou trente prochaines années.

À propos de l’auteur

Larry Foisy enseigne les arts martiaux depuis plus de 30 ans. Il est 6e dan Shihan/Renshi en Shorinjiryu Karatedo et est également reconnu comme Shihan par la Dai Nippon Butoku Kai de Kyoto, au Japon. Kinésithérapeute de formation et titulaire d’une maîtrise en informatique, il allie les connaissances scientifiques à une pratique martiale traditionnelle.

Fondateur et directeur du Centre d’arts martiaux Larry Foisy ainsi que de la boutique spécialisée e-TAO.ca, il enseigne quotidiennement le Karatedo, le Iaido (Muso Jikiden Eishin-ryu, 3e dan) et l’Iaijutsu (2e dan KNBK), le Koshiki — dont il est ancien champion du monde, arbitre international et organisateur du Championnat canadien ouvert —, le Kudo, le Kyusho-jitsu (2e dan), le Goshin-jutsu (autodéfense) ainsi que le Bukki-ho (armes traditionnelles d’Okinawa).

Son parcours comprend également le judo (1er kyu), le Muay Thaï et l’aïkido. Il pratique également le jiu-jitsu brésilien et le Tai Chi Chuan. Animé par une passion profonde pour le budo, il a choisi de consacrer sa vie à l’étude, à la pratique et à la transmission des arts martiaux traditionnels.

À travers ses chroniques, Larry Foisy souhaite partager non seulement des connaissances techniques, historiques et philosophiques, mais aussi les valeurs de respect, de rigueur, de persévérance et de développement personnel qui constituent le véritable héritage des arts martiaux.