La légende

Par tradition, l’origine de nombreux arts martiaux chinois remonte aux cinq maîtres mythiques du monastère Shaolin, les Cinq Anciens. Parmi eux était une nonne du nom de Ng Mui à qui l’on attribue l’invention du style qui deviendra le Wing Chun. Insatisfaite de son kung fu tel qu’il était alors, elle observa un jour le combat entre une grue et un serpent. Ce duel lui inspira des concepts et un nouveau style qui comblait ses attentes. Cependant le support apporté par les moines aux rebelles à l’Empereur mandchou en place fut bientôt découvert, et le souverain ordonna la destruction du temple Shaolin. Ng Mui, forcée de fuir le monastère en flamme, voyagea vers le Sud de la Chine. C’est là qu’elle fit la connaissance d’une jeune femme au caractère bien trempé, du nom de Yim Wing Chun. La nonne se prit d’affection pour elle et décida de la prendre pour unique élève. Par la suite, Wing Chun enseigna ce kung fu à son époux Leung Bok Chau. C’est lui qui donna le nom de Wing Chun au style formalisé par la nonne Ng Mui, pour honorer la mémoire de sa défunte femme.

Les Moines Rebelles

Durant le règne de la dynastie mandchoue Qing, les moines des temples Shaolin furent impliqués dans la résistance et apportèrent leur aide aux rebelles de l’ancienne dynastie Ming. Il existe aujourd’hui différentes hypothèses qui se rejoignent dans l’idée que les Cinq Anciens ne sont pas des personnes physiques mais des références à des courants principaux (politiques, martiaux…). Le mythe est ici un paravent pratique pour dissimuler l’identité réelle des meneurs rebelles et de leurs activités. Il en va de même pour Ng Mui et Yim Wing Chun dont aucune trace historique ni document ne corrobore l’existence. Au-delà de la légende de son invention et de sa généalogie, il est fort probable que le système avancé du Wing Chun soit issu de la mise en commun des savoirs martiaux de plusieurs maîtres afin d’accroître l’efficacité de leur kung fu. Face à la répression Qing, sa transmission se devait quant à elle de rester la plus secrète possible.

Le Grand Maître Ip Man

C’est à l’aube du XXe siècle, que Chan Wah Shun, alors âgé, accepta un tout dernier élève. Fils d’une riche famille de Foshan, le jeune Ip Man n’avait que six ans, mais était fasciné par le Kung Fu. Suivant l’enseignement de Chan Wah Shun, puis de son « frère aîné » (Sihing) Ng Chun Sao, à la mort du maître, Ip Man compléta sa formation. A seize ans, le jeune homme quitta Foshan pour Hong-Kong, afin d’entrer au St Stephen’s College pour ses études. Ip Man n’hésitait pas à faire démonstration de ses aptitudes martiales et ses camarades l’incitèrent bientôt à affronter un véritable maître de kung fu qui vivait sur le port. Ip Man, jeune et effronté, défia le vieil homme et fut vaincu. Il s’agissait en fait de Leung Bik, propre fils du docteur Leung Jan. Malgré la défaite qu’il lui avait infligée, il reconnut les qualités et le style du jeune homme et accepta de lui enseigner, devenant son second maître. C’est auprès de lui que Ip Man aurait acquis un Wing Chun plus souple. De retour à Foshan, Ip Man embrassa une carrière dans la police. Il continuait néanmoins à s’entraîner très régulièrement, pratiquant et devisant Wing Chun fréquemment avec ses anciens condisciples. Mais il se refusait à ouvrir une école et prendre des élèves pour vivre, bien qu’il aurait enseigné à quelques fils de ses camarades. Finalement il vint à perdre sa situation — les sources divergent : invasion japonaise, arrivée des communistes au pouvoir… — et fut contraint de retourner à Hong Kong. Pour nourrir sa famille, il accepta cette fois de former les employés du syndicat des restaurants. Petit à petit la réputation de l’enseignant grandit et les écoles se multiplièrent. Ip Man était le premier à ouvrir ainsi l’enseignement du Wing Chun de manière publique. En 1960 il fonda à Hong Kong la Ving Tsun Athletic Association, première association officielle de Wing Chun. Lui-même ne cessa jamais de pratiquer et de faire évoluer son kung fu jusqu’à sa mort en 1972. Le Grand Maître Ip Man eut durant cette période de nombreux élèves. Le plus connu d’entre-eux, devenu une véritable star, fut Bruce Lee. D’autres comme Ip Chun, Lo Man Kam, Victor Kan, William Cheung et Leung Ting fondèrent les principales branches actuelles de ce style dans le monde.

Un Art Secret

Durant des siècles le Wing Chun se transmit d’un maître à une poignée d’élèves choisis, évoluant petit à petit mais restant confidentiel. La tradition orale veut que, de Leung Bok Chau, le style fut finalement enseigné à des membres de l’Opéra des Jonques Rouges. Le Wing Chun fut alors pratiqué presque exclusivement au sein de la troupe, et c’est là qu’il reçut l’apport de la technique du bâton de six pieds et demi. Le docteur Leung Jan, herboriste réputé, fut l’un des premiers à ne pas appartenir aux Jonques Rouges à apprendre le système. Son élève, Chan Wah Shun, s’installa dans la ville de Foshan où il prit quelques étudiants à son tour.

Leung Ting Wing Tsun System

Leung Ting fut l’un des derniers élèves du Grand Maître Ip Man. En 1970 il ouvrit sa propre école à Hong Kong. Il fonda aussi le Wing Tsun International Association et s’efforça de promouvoir le Wing Tsun Kung Fu à travers le monde et notamment en Europe et aux USA. Face aux attentes occidentales d’efficacité immédiate et d’application à l’auto-défense, Leung Ting et K. R. Kernspecht apportèrent quelques adaptations au Wing Tsun, notamment dans les méthodes d’enseignement. Le style connut ainsi un rapide développement en Allemagne et commença à attirer tant des citoyens que des membres des unités spéciales de la police ou de l’armée. Peu à peu, sous la tutelle de la fédération allemande, le Leung Ting Wing Tsun s’installa en France, parallèlement à quelques écoles de Wing Chun des élèves de William Cheung.

Wing Chun

Wing Chun, Ving Tsun, Wing Tsun, Wing Shun, plusieurs transcriptions des deux mêmes idéogrammes. Un même art martial, mais plusieurs branches et plusieurs façon de l’enseigner ou de mettre l’accent sur l’efficacité ou le traditionnel du style.